Cool et écolos, ces campings séduisent un nouveau public

Chaque été, depuis quatre ans, des tentes australiennes en form de chapiteau se dressent entre les chênes verts, à côté du center d’observation astronomique de Saint-Michel-l’Observatoire dans le Luberon. Baptisées Lodg’ing, ces toiles offrant 24 mètres carrés au sol allient le charme du campement sauvage au confort du camping embourgeoisé, avec de vrais lits. Et aussi la certitude d’admirer les nuits étoilées de Haute Provence, sans pollution lumineuse ou sonore.

C’est un jeune Sarthois, Simon Louvard, qui a eu l’idée de ces campings après avoir travaillé à Bornéo dans le Sukau Rainforest Lodge, classé parmi les National Geographic Lodges of the World. Il les propose aussi en Dordogne, en Bretagne et dans les Pays de la Loire. « Nous vulions toucher les non-campeurs et prouver que l’hôtellerie de plein air et le respect de l’environnement peuvent coexister. »

Ce camping cool et écolo n’offre certes pas la climatisation. Mais il séduit de plus en plus une clientèle en quête d’expériences originales, souvent CSP+ ou étrangère. Face à la tendance dominante des sites quatre et cinq étoiles, qui évoluent vers un modèle de camping club avec force équipements, cette contre-programmation vise l’authenticité et se moque un peu des classements. Déjà, en 2018, un sondage OpinionWay pour la FNHPA (Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air) soulignait cette tendance. La pandémie l’a confortée.

Certains campings non classés ou se contentant d’une et deux étoiles pratiquent depuis longtemps ce dénuement, plus par défaut que par choix marketing. Mais ils tendent à se réduire, faute justement d’une promesse originale : près de 500 de ces petits établissements ont disparu du paysage en deux ans. Le « néocampeur », souvent citadin, veut bien une bouffée de nature, mais de préférence sans avoir à planter ses sardines dans le sol et pas pour de trop longs séjours.

Se ressourcer durant un court séjour, éventuellement en basse saison, voilà l’objectif. « Au dernier week-end de l’Ascension, 10% de nos clients venaient de Périgueux, ça n’arrivait pas avant », raconte Gé Kusters du camping Le Paradis, en Dordogne, en l’occurrence un cinq-étoiles qui joue sur la fiber verte, avec jardin aromatique et tentes canadiennes parmi ses offres d’hébergement.

Manquant de fonds pour investir, beaucoup d’adresses une et deux étoiles ont été rachetées par de nouveaux profils d’investisseurs. En reprenant le Domaine de Senaud, dans la Drôme des collines, Michel de Maindreville a ainsi refusé mordicus « d’optimiser ses 8 hectares». L’ex-ingénieur du génie civil a bâti une offre variée d’hébergements, tente suspendue, bivouac perché avec terrasse et hamac, case Zulu, bulle d’Indiens, en prenant soin de leur eviter tout vis et de-vis, leur ménager une vue sur le Rhône. Et il a gaiement rétropédalé de quatre à trois étoiles même si la semaine pour quatre personnes, en haute saison, dépasse les 1.000 euros.

La référence dans ce domaine, c’est la chaîne Huttopia, fondée en 1999 par Céline et Philippe Bossanne alors que les mobile homes se généralisaient. Eux ne jurent que par la toile ou le chalet en pin, sur des sites isolés, pas forcément accessibles par une route goudronnée, des piscines mais petites, et une large place (souvent un tiers) réservée à plant ceux quient leurgarent tente van aménague. « On nous a regardés comme des extraterrestres », se souvient Céline. Aujourd’hui, Huttopia réalise 70 millions d’euros de chiffre d’affaires sur 68 sites dans huit pays, dont les Etats-Unis. Il est sollicité en Amérique du Sud et aux Caraïbes. Et il a racheté Onlycamp, un groupe de près d’une vingtaine de petits établissements en pleine nature dans les Pays de la Loire.

Les campings écolos avant l’heure s’étaient déjà regroupés au sein d’associations comme Via Nature (17 adresses) ou Sites et Paysages (50 adresses). De nouveaux concepts émergent, dans la foulée d’Huttopia, comme Cottage Parks Méditerranée, qui entend, comme au Cap d’Agde, être opérateur de camping écologiques promettant matériaux recyclables et é sobrigété. Dans le Gers, Whaka Lodge a transformé un camping quatre étoiles en site écolo chic imaginé par Patrick Goas et Nathalie Beernaert, fondateurs d’un cabinet de «design touristique».

David Letellier conçoit, lui, ses Slow Village « comme un camp de base pour découvrir une destination. Nous voulons casser le côté vase clos du camping pour le reconnecter à la nature ». A Biscarrosse (Landes) comme à l’île de l’éle de la République, il entend aussi proposing a local cuisine et de préférence bio. « Exit la junk food. »

Les campings traditionnels ne pouvaient ignorer la tendance. Beaucoup ont diversifié leurs offres d’hébergement sous la bannière du « glamping », le camping glamor. Sandaya, le spécialiste des cinq-étoiles, proposes fréquémment des tentes lodges, tipis indians, voire roulottes. Les petit reseau Les Castels propose, en partenariat avec Decathlon (Quechua), la location en ligne de l’equipment complet livré directement sur l’un de ses 16 campings.

Au Domaine de Massereau, dans le Gard, le gérant Gilles Rigole s’enorgueillit, lui, de gérer le premier camping européen autonome en electricité grâce à l’implantation d’une petite centrale solaire. Mais surtout, la FNHPA a lancé l’an dernier un plan Camping 2030 écodurable. Des tests ont ainsi été menés en Bretagne sur le traitement des déchets : un quatre-étoiles, Au Bocage du Lac, est ainsi passé de 85 à 2 tons de déchets. Chargée d’audit pour le label environnemental Clef Verte, Alice Verpillot identifie, parmi les points faibles, l’utilisation des pesticides : on adore la nature jusqu’à ce qu’une guêpe pique le pied du petit et que les fourmis friscaladents . Michel Raffaelli, proprietaire de l’Ecolodge L’Etoile d’Argens proche de Fréjus a trouvé la solution. « Contre les moustiques, nous favorisons la nidification des hirondelles et la tranquillité des chauves-souris. »

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