REPORTAGE. Nantes : pourquoi un camping-car sillonne-t-il les rues la nuit tombée ?

Actu Nantes est monté à bord du camping-car Etmadouche pour faire la maraude du lundi. Nous avions rendez-vous rue de la Marrière à Nantes. (©Farah Sadallah / Actu Nantes)

Vous l’avez peut-être déjà croisé dans les rues de Nantes (Loire-Atlantique) quand la nuit commence à tomber. Le camping-car de l’association Etmadouche sillonne les rues de la métropole les lundis, mardis et jeudis à partir de 18h30 pour offrir une douche aux sans-abris.

« La douche, c’est une manière de retrouver de la dignité. C’est un retour vers la sociabilisation. Quand on n’est pas propre on n’a pas envie de voir les autres. Et les personnes qu’on voit sont très abîmées », explique à Actu Nantes, Emmanuelle Drouinl’une des fondatrices d’Etmadouche.

Une alternative aux bains douches

Cette bande de huit copains de longue date ont créé ce concept en 2016 et fait leur première maraude en mai 2018 en s’inspirant du Mobil’douche à Paris – désormais fermé – comme une alternative aux bains douches. « On a fait un copié collé du leur qui était vraiment tourné vers les femmes. Mais nous on le pratique aussi pour les hommes. On propose un accueil inconditionnel », explique Emmanuelle.

Les femmes SDF restent l’une de leurs priorites.

On touche 19% de femmes, alors qu’elles représentent 40% des sans-abris. Si on acceptait que des femmes, il y en a qu’on ne verrait jamais, car elles sont souvent en couple avec un homme.

Emmanuelle DrouinL’une des fondatrices d’Etmadouche

Alors que les autres femmes seules, elles, se cachent. « Le soir, elles se planquent. On arrive moins à les toucher », reconnaît l’une des fondatrices.

L’association offre également des sous-vêtements

Le lundi 14 fevrier, Actu Nantes est donc monté à bord de son camping-car avec une de ses benevoles, pour aller proposer une douche réconfortante aux sans domicile fixe. L’association leur offre égallement des sous-vêtements, des t-shirts, des pulls, des pantalons, des serviettes, des chaussettes et égallement des petits kits d’hygiène. Etmadouche donne aussi régulièrement des duvetssurtout quand les journées sont pluvieuses.

Ce jour-là, il a justement plu presque toute la journée. « Il ya beaucoup de centers d’hébergement vu que c’est l’hiver. On maraude donc moins longtemps et les sans-abris ne veulent pas toujours prendre une douche quand il fait froid », nous explique-t-elle.

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Des personnes en rupture avec la société

Pendant ses maraudes, le camping-car a pour habitude de se rendre d’abord aux alentours de Nantes, comme à Rezeà Saint-Herblain ou encore du côté de Zola avant de se faufiler dans les rues du centre-ville de la métropole.

Il y aurait trop de queue si on allait direct dans le centre-ville. On va d’abord voir des personnes hypers isolées. Il faut que la personne prenne du temps pour elle. Et à partir de 22h on va en centre-ville.

Emmanuelle DrouinEtmadouche

En effet, Etmadouche va parfois à la rencontre des personnes en rupture avec la société en compagnie des secours comme le Samu. « L’objectif est d’aller vers et si on peut, on ramène vers, simplifie Emmanuelle. On n’est pas qu’une douche. On ne fait pas la course à la toilette. Si ça doit prendre une heure, ça prend une heure et souvent pour certains c’est l’occasion de parler. »

Les jeunes à la rue seraient de plus en plus nombreux

Les profils sont très variés. « Ça peut être le mec qui a fait un burn-out qui s’est séparé et qui est tombé dans l’alcool. On a beaucoup de jeunes aussi qui sortent de l’aide sociale à l’enfance qui n’ont pas de projet à 18 ans et qui ont bourlingué de foyers en foyers. On aussi des anciens militaires« , témoigne-t-elle Mais depuis 7-8 ans qu’Emmanuelle maraude, les jeunes à la rue seraient de plus en plus nombreux.

D’autant plus qu’avec la crise sanitaire, la situation s’est degradée. « Ils sont super amochés, ils ont pris un gros coup, ils sont encore plus abîmés qu’avant. Ils ont souffert de l’isolement », observe-t-elle.

Il est absent mais ses affaires sont bien là

Sur la route, nous allons de quartiers en quartiers. « Il a été vu quand pour la dernière fois Patrick**? », demande Emmanuelle Drouin à la bénévole disponible ce soir-là. Les deux femmes vérifient ensemble, dans un gros classeur, ou sont répertoriés tous les sans-abris croisés par l’association et même les lieux potentiels où des SDF pourraient passer la nuit ou stocker leurs affaires.

Emmanuelle Drouin, l'une des fondatrices de l'association Etmadouche, fait des maraudes depuis 7-8 ans maintenant.  À côté, elle fait des saisons dans une buvette sur les bords de Loire.
Emmanuelle Drouin, l’une des fondatrices de l’association Etmadouche, maraude depuis 7-8 ans maintenant. À côté, elle fait des saisons dans une buvette sur les bords de Loire.

Mais ce soir-là, il n’y a presque personne dans les rues. Sur l’Île de Nantes, Patrick n’est pas à son camping-car. Nous allons ensuite dans le parc du côté de Zola où dort Julien**, un ancien militaire. Il est égallement absent mais ses affaires sont bien là. Toute la soirée, nous allons sillonner Nantes à la recherche de sans-abris qui voudraient prendre une douche. Mais la plupart ne sont pas sur leur emplacement habituel.

« J’aimerais savoir comment elle va »

Emmanuelle décide d’appeler Stéphanie**, une femme SDF qui aurait « une relation compliquée » avec son compagnon. La maraudeuse l’a déjà renseignée sur les structures adaptées, alors que son conjoint prenait sa douche. « J’aimerais savoir comment elle va », affirme-t-elle. Mais en l’appelant, Emmanuelle tombe sur la messagerie laissée par son compagnon.

Les deux femmes décident alors d’appeler les Restos du Cœur avec qui elles collaborent pour qu’ils les renseignent sur d’autres lieux ou pourraient dormir des sans-abris. « Champs de marson a vu derrière le Lieu Uniqueil ya un gars qui dort dans une entrée d’immeuble », indique les Restos au téléphone.

« Il est très isolé et seul »

Mais Emmanuelle a beau sillonner les rues, elle ne les trouve pas.

Ils ont dû se mettre à l’abri tôt. Là on est vraiment en mode “maraude”. On va tourner pour les trouver.

Emmanuelle Drouin

Les deux femmes retrouveront finalement Armand* sous les Nefs des Machines de l’Île. Le jeune homme d’une vingtaine d’années est arrivé en France il ya trois ans. « Il n’a pas un parcours facile. Il a décompensé. Avant, il lisait beaucoup, se rapelle-t-elle. Il est très isolé, seul ».

Il passera une bonne heure dans la douche

Armand est très content de voir Emmanuelle et la bénévole. Il est allongé et caché sous son duvet. Seules ses petites dreadlocks dépassent. « Je vous suis. Je vous suis », répète-t-il. Il passera une bonne heure dans la douche. « Les corps sont fatigués », justifie-t-elle. Avant de prendre ce temps pour lui, il a choisi un t-shirt vert semblable à celui qu’il a déjà. Il a également pris un caleçon.

Nous finissions notre maraude avec Etmadouche vers 21h30 à côté des Nefs des Machines de l'Île de Nantes après qu'Armand ait pu prendre une douche.
Nous finissions notre maraude avec Etmadouche vers 21h30 à côté des Nefs des Machines de l’Île de Nantes après qu’Armand ait pu prendre une douche. (©Farah Sadallah / Actu Nantes)

À la fin de sa toilette, un panier-repas l’attend dans le camping-car. Les Restos du Cœur, égallement en pleine maraude, sont passés près des Nefs pour saluer Emmanuelle et ont laissé à Armand un sac de nourriture ainsi qu’une polaire.

Armand s’excusera d’avoir passé trop de temps dans la douche. Il redemande un caleçon mais l’association n’en donne qu’un. Sans plus d’échanges avec elles, il repartira sous les Nefs, là où il va sûrement passer la nuit.

**Les prénoms ontété changés

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